Activités langagières

Améliorer la production orale

(photo du net)

…en continu ou en interaction, comment aider les élèves à se détacher de leurs notes pour ne pas faire un écrit oralisé ? Voilà le sujet que nous avons choisi de traiter pour ce blog hop de janvier.

J’en profite pour vous souhaiter une année à la hauteur de vos espérances…meilleure que 2021 en tous cas, ce sera déjà top 😀

Le constat…

L’idée de ce billet a surgi suite à une réunion de réseau « Liaison collège-lycée » à laquelle j’ai participé en décembre dernier. Au cours de cette réunion, au moment de mettre en commun les difficultés rencontrées avec nos élèves de 3°/ 2nde , celle qui revenait constamment était bien celle-ci : nos élèves sont très « faibles » à l’oral, ils participent peu en classe, et, lors de prises de parole en continu, ils s’accrochent désespérément à leur écrit, au détriment très souvent de la qualité de leur production.

Une fois ce constat fait, nous avons essayé de réfléchir aux raisons de cet écueil. Quels sont les obstacles que nos élèves doivent franchir avant d’oser se lancer dans le vide qu’est pour eux la prise de parole en LV ?

Les obstacles…

Ils sont nombreux ces obstacles, bien sûr, et différents selon les niveaux, mais celui qui est le plus grand à surmonter reste sans doute la peur de l’erreur.

  • La peur de la faute est vraiment ce qui paralyse nos élèves. Notre système est fait de telle manière que la notation se fait encore trop souvent « en moins » plutôt qu’en « plus ». Autrement dit, les erreurs font perdre des points. Et ça, nos élèves veulent l’éviter à tout prix. Leur solution : tout écrire, à la maison, avec toute l’aide qu’ils peuvent trouver. Ainsi ils ont le sentiment de maîtriser leur sujet. D’où le fameux « papier » qu’ils ne lâchent pas.
  • La peur du « trou de mémoire », fatalement. Car comme ils ont tout écrit, consciencieusement, ils ont fait des phrases beaucoup trop longues et compliquées…et ils ne peuvent se souvenir de tout. Il y a aussi, bien sûr, la peur du mot qui va manquer au moment voulu.
  • Le manque lexical : car s’exprimer sans « filet » demande un certain bagage lexical, tout du moins des structures de remplacement au cas où…et des gap-fillers pour gagner du temps. Si un mot vient à manquer, il faut se montrer capable de retomber sur ses pattes en exprimant autrement ce que l’on avait prévu de dire. Et ça, c’est difficile. Surtout en évaluation, pour peu que l’on soit de ceux qui stressent et oublient tout le jour J :/

Comment faire donc pour surmonter ces obstacles et qu’ils lâchent enfin ce « satané » papier ? Pouvons-nous les y aider ? Les entraîner à s’en défaire peu à peu ? Avons-nous déjà certains gestes pédagogiques que nous pourrions partager, améliorer, ritualiser ?

Quelques astuces partagées…

Voici donc quelques idées que nous avons pu mettre en commun lors de cet échange de pratique. Je ne prétends pas avoir la solution idéale, et certainement que ces petites techniques vous sont déjà connues, peut-être même que vous les utilisez déjà ! L’idée est juste de les multiplier, et surtout de les rendre « rituelles » car plus souvent on emprunte un chemin, mieux on le connaît, et moins il est difficile.

…Je vous livre tout cela un peu « en vrac » vu la période chargée, et je m’en excuse.

J’espère que vous y trouverez quand même quelques idées pour varier vos pratiques déjà installées 😉

…A propos de la peur de l’erreur :

  • Cela semble évident, mais il est bon de se le répéter : il faut vraiment se retenir de corriger l’élève au moment où il parle (ce qui revient en plus à lui couper la parole :/). Mieux vaut attendre la fin pour faire une reprise globale, en corrigeant quelques erreurs mais pas forcément tout. En général, je note sur un brouillon une ou deux erreurs repérées, que ce soit prononciation ou en grammaire, puis à la fin je dis à l’élève :  » you said « blablabla » … can you correct that ? » et bien souvent, ils y arrivent. Ils se corrigent seuls.
  • Limiter le questionnement (qui en plus fait intervenir la compréhension de l’oral) pour laisser à l’élève un espace suffisant et une liberté totale d’interprétation. Peu importe si au départ on obtient seulement des mots ou des bribes de phrases…
  • A ce sujet, pourquoi d’ailleurs ne pas accepter que les choses soient re-dites. Parfois un élève à qui on demande son avis nous répond par un « X l’a déjà dit »… On peut alors préciser que peu importe, chacun peut dire son avis même si cela a déjà été dit, on peut répéter (c’est sécurisant) ou dire différemment (c’est enrichissant).
  • Car savoir dire différemment est aussi un entraînement ! Parfois nous sommes pris par le temps (ah bon ?), nous voulons avancer, et dès lors qu’un élève propose une « bonne » phrase, nous ne cherchons pas à la faire exprimer autrement. Je sais que c’est un de mes défauts … #jemesoigne. Pourtant cela peut montrer aux élèves qu’il n’y a pas UNE SEULE bonne façon de dire…que l’on peut varier, faire plus simple ou plus compliqué…plus familier ou plus distingué…
  • A ce sujet, un collègue nous disait qu’il apprenait très tôt à ses élèves à repérer les différents niveaux de cette compétence en leur donnant les critères de réussite essentiels . Ensuite, lors des prises de parole en continu, il a pour habitude de demander à l’élève / à la classe quel niveau, à leur avis, a été produit. Puis, ce qu’il faudrait ajouter / changer / corriger pour accéder au niveau supérieur. Je trouve cette idée hyper intéressante car cela donne une échelle sur laquelle ils ont souvent bien du mal à se positionner, ce qui explique parfois leur déception lorsqu’ils reçoivent leur note d’évaluation.

…A propos de la peur du « trou de mémoire » :

  • On peut demander aux élèves de noter un nombre défini de mots sur un post-it (entre 5 et 10 selon la longueur de prise de parole attendue), mots qu’ils ont le droit de noter à partir de leur cahier en début d’heure. Ce temps permettant aussi à ceux qui ne l’auraient pas apprise, de se remémorer rapidement la leçon. Puis les élèves doivent faire le recap à partir de ces 5 mots seulement. L’exercice peut aussi se faire lors de compréhensions orales ou écrites : une fois les repérages faits, on demande aux élèves de sélectionner les 5 ou 10 mots importants pour eux, puis on passe au recap oral, juste avec ces mots-là. La trace écrite finale peut être composée des meilleures productions orales à partir de ces quelques mots.
  • Le même style d’exercice peut être proposé à l’aide d‘une carte mentale (sans phrases), d‘un collage d’images en rapport avec le document étudié, etc…

…A propos de la prononciation :

  • Passer par le jeu est aussi un bon moyen de débloquer la parole. Plusieurs exercices peuvent s’avérer efficaces et assez amusants pour que même les plus timides se lancent : faire rejouer un passage d’une vidéo en imitant les intonations, l’accent, etc…, reprendre une phrase et la faire dire sur des tons différents (angry, happy, sad, …etc…). Le manuel I Bet You Can propose beaucoup d’exercices de ce type dans une rubrique « Drama Time » très utile pour des séances d’AP 😉
Exemple d’activités pour pratiquer l’intonation, manuel I Bet You Can
  • Encourager les élèves à « jouer un rôle » afin d’améliorer leur accent. Si je joue un rôle, alors ce n’est pas moi, et c’est parfois plus facile de se lancer. Le jeu de rôle ou d’imitation peut se faire simplement avec le rituel du « Teacher’s assistant », rôle que les plus jeunes adorent souvent car ils ont l’impression d’être le chef ! Ils connaissent les étapes incontournables du début de cours, les « tics » langagiers du professeur, cela peut vraiment être un exercice intéressant.
  • A propos d’imiter, l’application « Voki » est un outil intéressant pour travailler la prononciation et les différents accents. Les élèves peuvent explorer la « banque de voix » avec des accents variés, des voix féminines ou masculines. Je propose souvent aux élèves de préparer leur prise de parole en tapant leur texte dans l’application pour l’écouter et le répéter autant que nécessaire. C’est une préparation qu’ils peuvent faire en autonomie à la maison avec leur tablette ou leur téléphone. Ils ont le lien sur le padlet de la classe.

…Apprendre à improviser…

  • Entraîner les élèves à repérer les marqueurs d’oralité, tous ces petits mots, ou ces « gap-fillers » qui rendent un oral naturel et authentique. Pour cela, il m’arrive souvent, suite à une compréhension orale, de leur donner le script de l’audio et de leur demander de trouver ces marqueurs. On peut ensuite élaborer une carte mentale que l’on range quelque part dans le cahier pour s’y référer avant un oral.
  • Créer des occasions pour l’oral spontané en classe, que ce soit pour réagir à une image, un son, une musique…cela peut facilement se faire lors du rituel de début de cours. Les « conversation cards » sont très utiles pour cela ! Acquises il y a peu, je vais les tester en période 3 avec mes classes de 3èmes en rituel de début d’heure : il y a plusieurs utilisation possibles, soit un élève pioche une carte et y répond. Puis un autre réagit…Soit on propose la question à toute la classe avec 2 minutes de réflexion et 5 mots autorisés sur un post-it 😉 Et celui qui veut bien se lance.
  • Il y a quelques temps j’ai aussi acheté un jeu de dés utilisé en 3ème lors d’une séquence sur les contes et légendes d’Irlande. Cela avait eu un franc succès ! Le jeu peut se jouer en groupes, on challenge les groupes avec un certain nombre de dés, chaque face des dés comporte un symbole. Les mots correspondant aux images sur les dés peuvent être notés au tableau pour tous. On laisse débattre les élèves quelques minutes puis un rapporteur par groupe donne sa version de l’histoire en quelques phrases simples. Mais personne n’écrit ! On peut ensuite partir sur un exercice écrit pour travailler l’enrichissement (ou la reformulation) des phrases produites à l’oral. Cela peut aussi être un simple rituel de début d’heure, en mode « challenge individuel », qui reste une activité orale uniquement.
  • Le challenge « What’s going on in this picture ? » est un exercice vraiment intéressant avec des 3èmes. Chaque lundi, le New York Times propose une photo sans légende. Le challenge consiste à imaginer cette légende. D’une part cela les entraîne à la lecture d’image, car une démarche ritualisée est proposée par le site du New York Times, ensuite il libère la parole car les images proposées sont toujours surprenantes, enfin il y a le petit « suspense » qui rend l’exercice motivant : une nouvelle image proposée chaque lundi et sa légende dévoilée le jeudi après-midi suivant 😉

Voilà, je pense avoir fait le tour de toutes les petites idées que je voulais partager avec vous.

J’espère que cet article vous aura intéressé, en tous cas c’est une réunion qui a été très enrichissante pour moi ! Ce n’est pas si souvent 😉 (voilà, je l’ai dit !).

Et comme il s’agit d’un blog hop, d’autres astuces vous attendent dans les jours à venir. Voici le programme :

A très bientôt !

Un commentaire sur “Améliorer la production orale

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s